La mystérieuse île de Pâques

L’île de Pâques / Rapa Nui / La Isla de Pascua / Easter Island

Tout le monde appelle à sa façon ce petit bout de terre de forme triangulaire de 12km à 26km de longueur en fonction du côté qu’on regarde. C’est un des endroits les plus isolés du monde (voire le plus ?) puisqu’à des milliers de kilomètres de toute autre terre habitée. L’île est le sommet d’une chaîne sous-marine, composée de trois volcans principaux qui ont explosé à différentes époques lointaines pour se rejoindre et former le territoire actuel. Une petite carte pour les curieux :

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L’atterrissage fut une formalité, la piste est une des plus longues du monde (plus de 4km), financée par la Nasa pour servir de piste de secours à la navette américaine.

On est arrivés les mains dans les poches, sans guide, sans informations, sans aucune idée de comment ça marche sur l’ile. L’aéroport c’est une seule salle de 100m² – si la piste est grande le bâtiment est ridicule – et la bonne surprise c’est qu’en attendant notre sac on est déjà sollicités à l’aéroport par les auberges : “ola señoooor !!!!” on vous crie depuis l’autre bout de la salle suivi d’une phrase à laquelle on ne comprend rien. Les gens se battent pour attraper le peu de touristes qui descendent et on a ainsi rencontré Sandra, une gentille dame toute souriante qui nous a conduit dans sa pension moyennant la promesse de quelques pesos.

Il n’y a qu’un seul village (Honga Roa) concentré sur 10% de l’île et abritant les 5000 habitants. C’est tellement petit et ça parait tellement vide qu’on se demande où sont les gens. Mais c’est très mignon, des rues pavés, des petites maisons rustiques et colorées sans étages, et surtout l’océan qui est partout. On est loin des lagons turquoises, ici c’est direct le pacifique, les vagues sont énormes et explosent sur une côte de roche noire, ciselée et en basalte sur laquelle on n’a aucune envie de s’allonger.

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La rue principale de l’île

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Notre pension chez Sandra

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Le port (basique) derrière un Moai qui trône dans la ville

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La côte, fini les plages de sable blanc

Notre première journée a été utilisée pour faire le liste des activités possibles sur l’île et réserver nos prochains jours. On a décidé qu’on partirait faire du cheval dès le lendemain matin. Les discussions en espagnol sont douloureuses, on est vraiment ridicules pour aligner deux mots mais bon, en mélangeant un peu le français, l’anglais et l’espagnol dans un bouillon qui donnerait une crise cardiaque à n’importe quel prof de langue on arrive à se faire à peu près comprendre. On a envie de poser des questions à des gens ou de parler aux personnes (uniquement hispaniques) qui partagent notre pension mais ça relève du défi et on reste dans notre coin, un peu miséreux. On espère que ça s’améliorera dans les prochains jours. Par contre les Pascuans parlent plutôt lentement et les comprendre s’avère facile si le vocabulaire est basique, c’est un début.

Au fur et à mesure de la journée on se rend vite compte que nous ne sommes plus en Polynésie où les gens se lèvent vers 5H00 du mat’, les habitudes sont bien différentes : ici les gens se lèvent vers 10H00, la pose déjeuner est entre 13H30 et 14H30, et je ne parle pas du repas du soir qui frôle les minuits.

Le lendemain, on s’est mis debout pour sauter sur nos chevaux et explorer le plus haut sommet volcan de l’île : Maunga Terevaka, 500m d’altitude et des poussières. Ici le cheval c’est assez génial. Pas question de se suivre à la queue leu leu comme dans un manège, c’est chacun sur sa monture au galop à travers les prairies qui recouvrent les multiples cratères de l’île.

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Les chevaux vivent à l’état sauvage la plupart du temps, sauf quand ils sont montés. On pourrait croire qu’ils sont peu dressés mais pourtant ils répondent au doigt et à l’œil, c’est un régal. Depuis le sommet on a enfin une vue sur toute l’île, c’est vraiment pas bien grand, on se sent au milieu de l’océan. Il y a très peu d’arbres, seulement de l’herbe très verte qui prend une couleur paille quand elle arrive à pousser, ça rappelle légèrement la Nouvelle-Zélande…

Le 3ème jour, on avait réservé une visite de l’île avec une guide française qui vit là depuis 30 ans. La journée a été passionnante, on a posé des milliers de questions, et on a surtout appris que ce qu’on savait de loin sur l’histoire de l’île est faux, ou en bonne partie.

La population pascuane ne s’est pas éteinte par une surconsommation de leur ressource, une déforestation totale où les gens ont fini par s’entretuer pour se manger. D’ailleurs, la population pascuane ne s’est jamais complètement éteinte. Cette population croyait en un dieu solaire, incarné par le roi et tous les chefs de tribus. Chaque chef faisait sculpter de son vivant un Moai au volcan sacré, comme les pharaons préparent leur tombeau à l’époque égyptienne. Ce Moai attendait au volcan la mort du chef pour ensuite être transporté sur sa sépulture, le regard tourné vers le village. Ainsi, l’esprit du défunt remontait par les pieds du Moai et par son regard protégeait le village, assurait sa fécondité et surveillait les habitants. Il faut préciser que les habitants de l’île vivaient comme des hommes préhistoriques, à l’âge de pierre. Ils taillaient les Moai avec comme unique outil des morceaux de basalte. Ils les transportaient comme ils pouvaient avec des cordes, du bois et des pierres, causant beaucoup d’accidents… Les chefs voulaient évidemment des Moais de plus en plus grands, la population était de plus en nombreuse, utilisant à outrance les ressources de l’île et ce qui devait arriver arriva : dans la deuxième moitié du XVIIème, le peuple se révolta à cause de conditions difficiles.

C’est la guerre civile pendant 1/2 siècle, les statues (symboles des chefs) sont renversées pour qu’elles ne puissent plus regarder le village ; les tribus s’affrontent, c’est l’anarchie, chaque tribu voulant le pouvoir. La population de l’île diminue de moitié. Pour mettre fin à la guerre civile, les prêtres de l’île créent un nouveau culte : un oiseau emblématique (la frégate) devient le symbole des dieux en lieu et place du roi. Un nouveau rituel : l’homme oiseau. Une fois par an, toutes les tribus de l’île (8 ou 9 au total) s’affrontent : chaque tribu présente un athlète qui doit descendre une falaise et aller chercher un œuf de frégate sur un petit motu. Le premier qui revient avec l’œuf intact fait gagner à sa tribu le pouvoir politique et économique pendant un an. L’année suivante le pouvoir est remis en jeu lors d’une nouvelle course. Cela permet une alternance du pouvoir et une stabilité.

Ceci dura un siècle puis arrivèrent les étrangers, des chiliens et européens qui apportèrent leur lot de maladies et emportèrent de nombreux habitants de l’île en esclavage pour aller ramasser du guano qui sera vendu en Europe comme engrais. Avec la variole la population décline à quelques centaines d’habitants à la fin du XIXème. Des missionnaires catholiques de Polynésie et de France profitèrent de cette misère pour décrédibiliser les dieux de l’époque et réussissent à convertir tous les habitants au catholicisme en une année à peine. Avec cette nouvelle religion les missionnaires apportent également dans leurs cales la lèpre qui fera des ravages et anéantira quasiment la population locale.

Au XXème siècle le Chili se jette sur l’opportunité et annexe l’île, s’offrant ainsi les plus grandes eaux territoriales du monde tout en garantissant aux Pascuans que la terre restera leur propriété ; promesse qui ne sera pas tenue : les Pascuans sont parqués dans le seul et unique village de l’île (10% de la superficie) qui pour l’occasion est entouré de barbelés. Les Pascuans revendiquent aujourd’hui leurs terres, nous avons pu voir des des drapeaux et des barbelés de partout pendant notre séjour. La situation est de plus en plus tendue avec le gouvernement chilien.

Les points de vue et les variations autour de la façon de vivre des pascuans ou de déplacer les Moais sont toujours aussi grande en fonction de la personne à qui vous parlez. Chacun a sa petite histoire différente, c’est ce qui fait le charme de l’île.

Nous on a surtout pu apprécier le décors et les Moais, ce fut une journée savoureuse.

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Tout le monde dit qu’il faut 3 jours pour faire l’île de Pâques, mais nous on était content de rester une semaine.

On est ensuite allé sur le volcan Rano Kau où on peut visiter le village archéologique d’Orongo. La balade d’une heure pour monter jusqu’au cratère est bien agréable, et la vue sur le cratère du volcan ne nous a pas fait regretter le déplacement. Le village d’Orongo servait aux cérémonies du rituel de l’homme oiseau une fois par an. C’est de là que les athlètes s’élançaient pour ramener le 1er l’œuf de frégate qui faisait gagner sa tribu. C’est marrant de voir ces maisons rustiques en pierre et les pétroglyphes qui en fait datent du XVIIIème siècle environ.

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A gauche, le motu que les athlètes devaient atteindre. A droite, les maisons pour les participants pendant la cérémonie de l’homme-oiseau.

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La journée suivante, on a loué une voiture pour aller voir le reste de l’île et retourner sur les sites principaux (le volcan où les Moais sont fabriqués et le site restauré par des japonais qui compte 15 Moais) parce qu’ils sont quand même impressionnants. On s’est amusé à retrouver tout seul des traces de maison de chef – des pierre agencées en forme de pirogue –, des poulaillers, des pétroglyphes. L’île est un musée archéologique géant.

Sur l’unique plage de l’île (attention, ce n’est pas Tahiti !), les Moais paraissent neufs avec des visages hyper détaillés car ils étaient ensevelis dans le sable. La plupart des Moais sur les différents sites sont quand même renversés, faute de sous pour la restauration. Il existe également une autre carrière dans un petit volcan dont la pierre rouge est riche en fer et servait à faire les cheveux des Moais.

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On a passé notre dernière journée à cheval. Une matinée passée sans encombre, jusqu’à la plage d’Anakena en passant par les terres. On est revenu en longeant la côte ouest de l’île. Notre guide nous a montré d’autres villages, d’autres Moais renversés et d’autres pétroglyphes qu’on ne peut pas atteindre en voiture. On a bien profité des paysages, de la côte qui ressemble à la Bretagne en 10 fois plus pur et plus sauvage. On a slalomé entre les pierres volcaniques qui jonchent tous les champs. Vers 17h, alors que nos fesses nous demandaient si on était bientôt arrivés, on a dû se réfugier dans une grotte en attendant qu’une averse passe. Là notre guide s’est soucié de l’heure : avec les différentes grottes et sites qu’il nous reste à voir, on sera de retour chez nous vers 20h… On est donc repartis sous une pluie battante au galop, aveuglés par les gouttes, en priant pour que notre cheval ne se mange pas une grosse pierre ou ne glisse pas trop. On a fini dans une autre grotte complètement trempés et couverts de boue. On lui a alors avoué que si on ne voyait pas toutes les grottes de l’ile, ce ne serait pas une catastrophe et s’il connaissait un raccourci pour rentrer, on était preneur ! Une heure après on était sous la douche, un dos, des fesses et des jambes en moins, mais avec des images plein la tête.

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Voilà qui conclut notre étape mi-Polynésienne mi-Sud américaine. Avant d’atteindre l’Equateur nous devons, entre deux avions, passer une nuit à Santiago.

L’arrivée en avion sur Santiago nous permet d’apercevoir les sommets enneigés de la Cordillère de Andes surplombant la terre rouge du Chili en fin d’après midi. Les couleurs changent de ce qu’on a pu voir dans les autres pays et on sent qu’on arrive sur un autre continent.

Quand on sort de l’aéroport, on se fait sauter dessus par des chauffeurs de taxis et des rabatteurs d’hôtels, c’est la cohue. Bienvenue en Amérique du Sud ? Ca nous rappelle l’Asie, ça faisait longtemps… On saute dans un bus et finalement notre hôtel est une petite merveille pas trop chère pour la ville. On a tellement entendu d’histoires sur les dangers de l’Amérique du sud qu’on reste méfiants et le patron à la mine patibulaire ne nous inspire pas immédiatement confiance… mais il nous donne un plan de la ville et nous montre patiemment tous les coins à visiter demain pendant nos quelques minutes de libre, puis nous présente les lieux en nous expliquant que le petit déjeuner est gratuit, ainsi que le wifi, les ordis, la cuisine, la machine à laver, le sèche-linge, les DVDs, le billard, etc… la liste est longue et le gars est fort sympathique. C’est ça l’Amérique du Sud ? Ca commence bien !

Avant de prendre notre avion pour Quito en Equateur le lendemain, nous avons visité la ville en quelques minutes, donc pas grand chose :

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