La Patagonie et la Terre De Feu

Réveil tôt sous la pluie et dans le froid pour filer à la billetterie de Navimag, le ferry qui relie une fois par semaine Puerto Montt à Puerto Natales à travers les eaux du Chili. Il est 8H50, on est les premiers sur place, on croise les doigts et on saute sur une fille qui semble bosser ici. Ouf, il reste des places ! Dès que nous avons les billets en poche, on file se balader dans Puerto Montt. Que Mendoza parait loin ! Il y a 24H nous étions en short et en t-shirt à mourir de chaud sous un gros soleil au milieu des vignobles Argentins et là nous sommes sous un ciel tout gris projetant un crachin désagréable accompagné d’un vent glacial. On réalise que ça fait quasiment deux mois et demi qu’on n’a pas vu un nuage… Ca change. On ne sait pas pourquoi mais il règne une atmosphère de bout du monde. La ville est pourtant incroyablement vivante, il y a des grands centres commerciaux de partout, et on profite de l’occasion pour s’acheter une tente histoire de pouvoir camper pendant nos treks en Patagonie.

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Ca nous occupe une bonne partie de la journée, on rêve devant les modèles hyper légers et hors de prix et on finit par s’acheter une tente toute pourrie, bien lourde et pas chère. On aurait bien aimé croiser un petit Décathlon… Dehors le vent est tellement violent qu’on a du mal à marcher. On apprend d’ailleurs que notre bateau ne partira pas dans l’après midi comme prévu mais en milieu de nuit, les conditions météo étant actuellement trop mauvaises.

A 19H00 on embarque enfin, on découvre notre petite cabine qu’on partage avec un couple de hollandais. C’est plutôt bien foutu, plutôt confortable, et on est ravi de voir qu’il y a le chauffage. Le ferry sur lequel nous sommes est en fait un cargo de fret. Il y a quelques années des backpackers courageux ont commencé à monter à bord en dormant à l’arrache sur le pont moyennant une petite pièce au capitaine ; ils profitaient d’un trajet pas cher et plutôt joli. Le plan est devenu de plus en plus populaire et finalement, réalisant le marché potentiel, la compagnie a équipé une partie de son bateau de cabines. On est donc en croisière sur un ferry qui transporte du fret. C’est beaucoup moins luxe qu’une vraie croisière mais c’est aussi beaucoup moins cher.

Cette croisière est connue pour secouer. Le bateau traverse des vent violents et une mer déchainée à l’approche du Cap Horn et les statistiques sont honorables : en moyenne 70% des passagers sont malades. Lors du briefing qui a lieu après l’embarquement nous ne nous faisons plus trop d’illusions : le capitaine, un homme trapu et mal rasé nous regarde droit dans les yeux et de sa voix granuleuse nous annonce : “la mer sera TRES agitée”. A minuit le bateau lève l’ancre et s’élance dans une nuit d’un noir quasi total.

Les couchettes sont hyper confortables, les douches sont chaudes, le petit déjeuner est bon, on est heureux. Dehors on rigole moins : une brume épaisse plane sur la mer et rend la visibilité quasi nulle. M’enfin c’est beau quand même.

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On nous informe un peu plus de notre parcours : la Patagonie Chilienne est une vraie dentelle d’îles et de presqu’îles et nous allons principalement cheminer au milieu de ces fjords et chenaux, à l’abri du vent de la houle ; nous ferons quand même un passage obligatoire en plein océan pendant douze heures cette nuit, et là ce sera moins drôle. Bref, la croisière s’annonce plus paisible que prévue. Dehors il pleuviote et il fait un froid de canard. On se dit que faire du trek en Patagonie avec notre tente à deux francs et nos sacs de couchage de 3mm ça risque d’être moins drôle que prévu.

On a un libre accès au poste de pilotage et on profite pour observer le capitaine et son équipage au travail.

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A 21H30 le capitaine a annoncé au micro que dans une heure nous passerons en plein océan et que ça va secouer sévère et a invité les passagers à prendre leur pilule anti-mal de mer s’ils le souhaitaient. Il nous avait tellement fait peur que nous avons suivi le conseil et fait comme tout le monde, alors que nous ne sommes d’habitude pas malade.

Le lendemain matin le capitaine nous explique qu’on traverse des creux de six mètres avec un gros vent de face et que les conditions sont pires que ce qui était prévu. En effet, ça secoue dans tous les sens, mais on ne se sent pas du tout mal. Il est quasi impossible de prendre sa douche sans se manger toutes les parois de la cabine à tour de rôle et on croise les autres touristes qui comme nous s’éclatent contre les murs des couloirs du bateau, un coup à droite, un coup à gauche. C’est bien drôle. Pour s’aérer et profiter en même temps du premier rayon de soleil depuis le départ on sort : ça souffle !, c’est dur de rester debout sur le pont, tout le monde s’accroche à la rambarde et bouffant des gerbes d’eau soulevées par la proue du bateau. Ok vu d’ici la mer est quand même agitée.

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Il y a plein d’oiseaux dont des albatros qui volent au dessus du bateau. Dans l’eau des dauphins chiliens (petits et de couleur noire et blanche, comme des petits orques) font des bons dans tous les sens. On a du mal à garder les yeux ouverts sans pleurer comme une madeleine à cause du vent mais on profite du spectacle. Le capitaine annonce que les dauphins qui font des bons ça signifie que le temps va s’améliorer. On se dit que c’est pas la peine d’avoir son poste de pilotage rempli d’équipements électroniques professionnels pour attendre de voir un dauphin sauter pour faire des prévisions météo mais bon, faut avouer que la mer se calme un peu après le passage des dauphins.

Le repas du midi est évidemment assez épique : c’est un buffet et tout le monde essaye de se déplacer avec son plateau plein jusqu’à une table de libre. On a l’impression d’être devant une chorégraphie qui suit les mouvements du bateau : tout le monde à droite, tout le monde à gauche… C’est un vrai parcours du combattant pour atteindre sa chaise sain et sauf. De temps en temps le bateau tangue vraiment franchement et c’est la catastrophe : les plateaux qui tombent, les cuisses de poulet qui volent, les verres qui retapissent les pulls, …

On reste à se faire secouer dans tous les sens jusqu’à 16H00. On patiente comme on peut dans les fauteuils du bar. A 16H00 on rentre dans les chenaux Patagonien et à nouveau c’est le calme plat. Le capitaine annonce que les mauvaises conditions nous ont largement retardé : nous aurons 24H de retard sur l’horaire initial. On passera donc une nuit (gratuite) de plus sur le bateau, on est plutôt contents.

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Le lendemain, la visibilité est enfin correcte, on peut admirer les paysages superbes. Dès 7H00 du matin nous faisons halte devant le glacier Iceberg (c’est son nom) perdu au bout d’un fjord. Des morceaux de glace se détachent, tombent dans l’eau et se dirigent lentement vers l’océan, l’eau est noire (un truc avec l’eau douce en surface et l’eau salée en dessous), on voit des petits dauphins nager à côté du bateau, bref c’est beau.

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L’équipage jette un zodiac à la mer et se dirige vers le glacier pour récupérer quelques morceaux. Le glacier parait “normal” vu du bateau, mais quand on voit le zodiac s’éloigner et devenir minuscule aux pieds du glacier on se rend compte enfin de sa taille : c’est un monstre.

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Le bateau, minuscule devant le mur de glace

Le travail est bien fait et deux marins reviennent avec de la glace millénaire direction le bar du bateau. “Bravo les gars  !”

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Une fois ainsi rassurés sur la suite du séjour on continue lentement notre chemin au milieu des chenaux étroits de la Patagonie. L’eau est pourtant profonde, souvent autour des 150m quand on regarde le sondeur.

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La journée se passe un peu comme toutes les autres : on mange beaucoup et on ne fait pas grand chose. On joue aux cartes, on admire le paysage, on dort, on discute avec d’autres voyageurs, …

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Le soir c’était LA grande soirée de la croisière. La musique a fait vibrer les murs, le vin chilien a coulé à flots et tout le monde a usé la piste de danse. Ce fut bien sympa.

Après une courte nuit on a eu le bonheur de découvrir qu’on était arrivés à Puerto Natales, loin dans le sud de l’hémisphère sud.

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Puerto Natales est une ville très agréable, surtout connue pour être le point de départ du parc Torres Del Paine que nous ferons dans 3 ou 4 jours. On est au sud de la Patagonie, au bord des fjords ; les volcans et les pics enneigés d’un côté, des prairies parfaitement planes de l’autre. Les journées sont très longues, un soleil bas qui fait sa route au dessus de l’horizon de 6H00 à 21H30. Les maisons sont en bois, il y a beaucoup de couleurs, beaucoup de pickups, beaucoup de petits hôtels et de magasins de trekking. Les gens sont extrêmement gentils et sympathiques, ça sent la vie simple et le tourisme. Se balader au hasard des rues est un vrai régal. Nous sommes au point le plus au sud que nous ayons atteint pour l’instant, Ushuaia n’est pas très loin. Tout est vert, il y a des arbres, des rivières et des chevaux partout. C’est un avant gout de la Terre de Feu et on se dit qu’on va aimer cette région, ça nous change définitivement des montagnes désertiques des Andes.

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Le lendemain, on repart déjà pour rejoindre des amis à El Calafate, petite pause de trois jours en Argentine, puis nous reviendrons ici pour prendre le départ des cinq jours du trek de Torres Del Paine.

Un nouveau passage de frontière et 3 heures plus tard on est arrivé à El Calafate. Cette ville ressemble beaucoup à une station de ski française chic avec des restaurants, des magasins de souvenirs, des magasins de matériel de montagne et des chalets gigantesques très jolis. On a profité de l’après-midi magnifique pour se promener en T-shirt dans les rues de la ville avant de rejoindre Jean-Charles et Marie, 2 amis d’Adrien en lune de miel en Argentine. Pour fêter ces retrouvailles, on s’est payé un vrai bon resto de viande, tellement réputé qu’il faut attendre 1h30 pour être installé si on n’a pas de réservation et où les gens continuent à arriver jusqu’à minuit pour manger. Un troupeau de vaches et une hordes de moutons sont passés sur le grill dans la soirée. Faut pas être végétarien, mais nous, on s’est régalé !

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El Calafate est une des étapes incontournables de l’Argentine car elle est proche du glacier Perito Moreno. Ce glacier est un des plus accessibles du monde, à seulement 185m au dessus du niveau de la mer, un peu comme le Franz Joseph qu’on avait fait en Nouvelle-Zélande, sauf que celui-ci est BEAUCOUP plus grand. Il fait 30 km de long, entre 5 et 14 km de large et 200 m de haut et il ne représente qu’une infime partie de la 3ème plus grande réserve de glace du monde, après l’Antarctique et le Groenland. Mais c’est de loin le plus connu des centaines de glaciers de la zone car c’est un des seuls glaciers au monde à progresser et il avance en moyenne de 2 à 3 m par jour, ce qui rend la zone de rupture passionnante.

On est donc parti au petit matin pour passer la journée au glacier à 4. Enfin, à 4… au milieu d’un bus rempli d’autres touristes et au milieu d’autres dizaines de bus qui allaient dans la même direction. Mais heureusement, le glacier est grand et les infrastructures bien faites donc on ne se croit pas revenu à la Cité Interdite surpeuplée de Chinois de Pékin. Quand on arrive, on surplombe le glacier qui ne nous parait qu’à quelques centaines de mètres alors qu’il est à 7 km… Par contre, on n’en voit pas le bout, c’est une véritable mer de glace qui disparait à l’infini dans les montagnes enneigées.

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Puis plus près, on a admiré pendant quelques heures le spectacle fantastique de la zone de rupture : un mur de 60 m de haut qui ne représente que la partie immergée ; un mur de 130 m de profondeur qui plonge dans le lac Argentina, le plus grand lac d’Argentine. Il suffit de s’armer de quelques minutes de patience pour entendre les 1ers morceaux de glace se décrocher de la paroi avant de tomber dans un vacarme assourdissant dans l’eau ; l’écho fait durer l’évènement quelques secondes de plus. Ce qui nous parait avoir la taille d’une boule de neige fait le bruit d’un coup de feu puissant en tombant. Impressionnant.

Pendant notre pique-nique, on a vu un pan entier de glace se détacher et glisser dans l’eau. Un superbe spectacle qu’on n’a pas su immortaliser sur un film mais qu’on va garder imprimé sur le fond de nos rétines. On se sent tout petit au pied de ce monstre de glace vivant et pris d’un grand respect pour cette nature majestueuse.

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La journée ne s’est pas terminée là. On avait envie d’aller le fouler ce glacier, même si depuis notre point d’observation, on ne voyait pas trop bien où on pouvait marcher sans mourir au bout de 2 min. Mais les tours opérateur sont là pour ça et on est monté dans un bateau pour aller sur son côté gauche. Sur les côtés, la glace avance moins vite, seulement 15 à 20 cm par jour, ce qui rend la marche moins suicidaire.

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Nous voilà, crampons datant de 1910 aux pieds, à se suivre à la queue-leu-leu sur de la glace pilée. On ne va pas bien loin dans ce petit tour, et on ne passe pas dans des crevasses ni dans des trous sous la glace bleue, mais ça ne gâche rien au spectacle car après seulement 2 min de marche, on a l’impression d’être dans un décor de film tellement c’est irréel. C’est trop beau, c’est trop bien !

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Un gros verre de whisky on the rocks nous attendait à la fin de la marche

On confirme que le Perito Moreno n’a pas volé sa réputation d’attraction touristique majeure et on ne regrette pas d’avoir déboursé ce qu’il fallait pour l’approcher.

Un nouveau gros morceau de viande et une bonne nuit plus tard, on a passé nos dernières heures avec Marie et Jean-Charles avant qu’ils ne partent direction Ushuaia. On s’est baladé autour de petits lacs marécageux abritant beaucoup d’oiseaux, des buses, des flamants roses, des canards… La journée était belle, mais le vent violent et glacial qui soufflait rendait la marche un peu pénible.

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A gauche, un buisson de Calafate, les baies qui ont donné le nom à la ville nous protègent efficacement du vent. A droite, dans le fond, la ville de El Calafate.

Le jour suivant, nous sommes repartis pour le Chili pour y faire notre trek dans le parc Torres des Paine. On a eu quelques heures à Puerto Natales pour se préparer et acheter tout les victuailles nécessaires. Car pour ce trek, nous partons en “autonomes”, c’est à dire avec tout ce qu’il faut pour camper par -5°C, des tenues pour tous les temps, et tout ce qu’il faut pour se faire à manger et manger pendant 5 jours.

06H30, le réveil fait mal ; on pleure à chaudes larmes la tête enfoncée dans cet oreiller qui va tant nous manquer pendant les cinq prochains jours et on va prendre une dernière douche avant de sauter dans le bus qui passe nous prendre juste devant notre petit hôtel. Petit semblant de luxe avant d’aller camper. Il y a une centaine de kilomètres pour aller jusqu’au parc national Torres Del Paine alors on a quand même le temps de se rendormir. On est au début de la haute saison et on constate qu’on n’est effectivement pas les seuls ici. Il y a du monde partout, on fait la queue pour acheter nos entrées et on voit plein de minibus qui emmènent les gens aux quatre coins du parc en fonction du trek qu’ils ont choisi. Nous on a choisi le “W trek”, c’est à dire le plus populaire et le plus joli (de réputation), et on saute dans un catamaran pour traverser un lac et profiter de la vue sur les sommets. On atteint enfin le refuge Paine Grande – notre point de départ – à 12H30.

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Aller c’est parti ! Ouille, nos sacs pèsent une tonne, et dès les premières minutes de marche, on se dit qu’on va se faire un festin le soir pour alléger au maximum et le plus vite possible nos sacs. Le point positif c’est qu’on peut boire l’eau de toutes les rivières – et il y en a un paquet dans ce parc – ce qui évite de porter des litres et des litres d’eau.

On longe le lac Grey et il faut bien avouer que c’est beau. Le lac a une couleur gris-vert, des morceaux de glace issus du glacier vers lequel on marche se baladent lentement sur le lac au grès du vent. Sur notre droite se dressent les pics enneigés et les glaciers suspendus. Après deux heures de marche on se pose sur un rocher offrant une belle vue sur le glacier Grey. P1080320P1080357P1080354P1080355

Quand nous arrivons au refuge, nous découvrons un site sympa et assez abrité. Ce qui s’appelle ici refuge est en réalité un hôtel sommaire qui propose hébergement et plats chauds moyennant des sommes exorbitantes. Rien à voir avec nos refuges d’altitude en France. Devant on peut planter sa tente, option qu’une majorité de personnes choisit. Alors on monte notre tente.

Tout le monde roule en North Face, Patagonia et autres tentes de compétition. Nous, avec notre tente 1er prix, on prie pour qu’il ne pleuve pas cette nuit.

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On profite aussi de la vue sur le glacier Grey à quelques dizaines de mètres de nous.

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Comme on paye on a quand même le droit d’aller dans le refuge chauffé et on ne se fait pas prier. Bravo l’esprit sportif : tout le monde est en train de s’envoyer des bouteilles de rouge en attendant le repas du restaurant. Nous, on sert les dents, on réussit à ne pas faire comme les autres et on s’offre un petit thé. Quand tout le monde passe à table on ressort dans le froid pour se faire une assiette de riz-œuf-sauce-tomate-thon (miam) et on constate qu’on est absolument les seuls à nous faire la bouffe dans le froid. Ensuite, nous allons nous coucher sur nos tapis de sol de 6mm au milieu des courants d’air de notre tente qui ressemble plus à une moustiquaire géante qu’à une tente.

Pendant la nuit on a entendu le glacier gronder : c’était d’énormes morceaux de glaces qui se détachaient et tombaient dans le lac. Ce matin on peut les apercevoir dériver lentement devant nous, certains ont la taille d’un terrain de foot, c’est impressionnant. On se fait un café rapide, on remballe tout et on reprend la route. La journée se passe sous un temps presque parfait : soleil et nuages éparses sans trop de vent. Les paysages nous enchantent toujours autant et on en oublie presque nos sacs trop lourds.

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Aujourd’hui on se sent bien, nos jambes fonctionnent déjà mieux et on a un bon rythme. On atteint le Campamiento Italiano assez tôt : un camping gratuit qui s’avère surpeuplé. On déniche quand même un petit coin sympa et on monte la tente.

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Le camping borde une rivière qui descend depuis un glacier qu’on peut admirer depuis le camping. C’est chouette comme emplacement pour faire la vaisselle.

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Le lendemain matin nous partons faire un aller-retour dans la vallée française qui monte vers ce fameux “glacier Français” qui génère cette rivière. Toute la nuit nous avons entendu des grondements venant des avalanches qui se succédaient dans la vallée, cela ressemblait à des gros coups de tonnerre. On est heureux car on peut laisser nos sacs et notre tente au camping, on se sent bien léger quand on marche.

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Le but est d’atteindre un point de vue tout au bout de la vallée. Une pluie légère nous accompagne pendant la marche et devient plus insistante vers la fin du parcours. A dix minutes de l’arrivée on est complètement trempés et dans une purée de poix : on ne voit absolument rien, tous les pics sont dans les nuages et on a très froid. Nous faisons donc demi-tour, déçus de ne pas avoir pu profiter de ce panorama réputé un des plus beaux du parc. Sur le chemin du retour on peut quand même assister à une ENORME avalanche juste en face de nous au dessus du glacier français. Un gigantesque nuage de neige dévale les pentes dans un grondement impressionnant. On reste scotchés.

L’après midi nous reprenons nos sacs (ouille) et nous longeons le lac Nordenskjöld (oui, des croates se sont installés ici il y a bien longtemps) aux couleurs extraordinaires. La pluie et le vent nous accompagnent : on est trempés et avec le poids du sac les rafales nous déséquilibrent. On a quand même droit de temps en temps à un rayon de soleil. Le temps change à une allure impressionnante, vent-pluie-soleil on ne sait jamais ce qu’il va se passer dans dix minutes.

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On atteint un refuge où on monte notre tente. Le site est hyper venteux, on se galère à faire bouillir de l’eau sur le petit réchaud dans le froid et le vent… A travers les vitres du refuge on aperçoit tous ces gens en train de profiter du restaurant, bien au chaud.

Tout le monde attache sa tente de compétition au maximum avec tous les tendeurs et tout ; nous on a juste quatre sardines… Quand  le vent arrive bien de face c’est une vraie voile de kite surf qui ne demande qu’à prendre son envol… bravo le bureau d’étude. Le vent rugit dans les arbres, heureusement au sol c’est un peu plus raisonnable. On s’endort en croisant les doigts pour que ça tienne. Finalement ça a tenu, ouf. Adrien a quand même dû se lever quelques fois dans la nuit pour refixer les sardines qui s’arrachaient régulièrement.

On reprend la route, il y a des rafales de vent impressionnantes, on les entend arriver de loin alors on se prépare, on se penche en avant et on attend que ça passe avant de continuer.

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On atteint le Campamiento Torres, un petit camping gratuit hyper sympa pas très loin du point de vue permettant d’admirer les monts Torres, trois pics vertigineux qui ont donné au parc son nom.

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Le lendemain matin, dernier jour, 4H30 : dur de quitter son duvet. Il pleut on sent que ce lever de soleil va être pourri. On entrouvre la tente et on voit les frontales des autres campeurs qui s’agitent dans le noir, donc on se motive, on prend nos duvets et notre réchaud histoire de se faire un café là haut, enroulés dans nos duvets à profiter du lever de soleil.

Quel bonheur : quarante-cinq minutes de montée bien rude sous la pluie et dans le froid. On transpire et on grelotte en même temps. Une fois là haut c’est évidemment comme on s’y attendait : on ne voit rien, le lever de soleil est inexistant derrière les nuages qui remplissent le ciel, le sol est trempé donc inutile de sortir nos duvets. Un vent violent et du grésil nous fouettent le visage, on arrive à peine à ouvrir les yeux. Bref on redescend fissa.

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On est quand même un peu dégoûtés : les cinq jours précédents le trek il a fait un grand beau temps sans un nuage et sans vent ; pour nous la météo nous aura gâché les plus beaux points de vue.

Le camping est abrité donc on profite d’un café brulant avant de nous diriger vers la fin du trek.

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C’est essentiellement de la descente, on court presque, nous n’avons quasiment plus de nourriture après ces cinq jours alors nos sacs sont légers, on pleure de joie en pensant à la douche et au matelas qui nous attendent à Puerto Natales !

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Enfin l’arrivée, le bus, l’hôtel, la douche, le chauffage et le matelas moelleux… que c’est bon. Le lendemain, on doit quand même se lever à 6H00 pour prendre un bus pour Ushuaia mais ce soir on est heureux. Des images plein les yeux et un un oreiller sous la tête.

On passe donc la journée du lendemain dans le bus. Pour traverser le détroit de Magellan, on a embarqué à bord d’une barge et des petits dauphins noirs et blancs nous ont accompagné. Alors que les trois quarts des passagers étaient penchés par dessus bord pour observer les cétacés faire des sauts, une énorme vague est passée par dessus le bateau, trempant tout le monde jusqu’aux os. Adrien fait parti des quelques rares rescapés, et moi, j’ai pris très cher. La majeure partie du bus a quasiment fini en sous-vêtements à faire sécher ses affaires un peu partout et c’est donc en paréo que j’ai atteint le bout du monde. Bienvenue en Terre De Feu.

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L’histoire de ce bout de terre est intéressant. Les indiens Yagans, tribu nomade qui habitait la Terre de Feu, avaient la particularité de vivre quasiment nus. Difficile à imaginer sur cette île balayée par les vents et la neige. En 1870, les Européens explorent la région et découvrent ce peuple qui se retrouve alors rapidement décimé par toutes les maladies rapportées par les marins. Il n’existe aujourd’hui qu’une seule survivante. L’histoire se répète et elle est toujours aussi belle…

Tiens d’ailleurs pourquoi cela s’appelle la Terre De Feu alors qu’on y trouve du vent, de l’eau et de la terre mais surement pas du feu ? C’est parce qu’à l’époque, les tribus qui vivaient ici faisaient en permanence de grands feux pour se réchauffer et les premiers navigateurs à croiser la région découvraient ces îles pleines de buchers géants… Tierra de los fuegos fut le surnom de cette région avant de devenir le nom qu’on connait.

Nous sommes repassés en Argentine – la Terre de Feu étant divisée de façon assez intrigante entre le Chili et l’Argentine – et nous avons atteint Ushuaia en fin de journée. 5121 Km parcouru depuis la frontière Bolivienne (même plus puisque nous n’avons pas pris l’itinéraire le plus court) et la route s’arrête ici. On est au bout du chemin : le panneau à l’entrée de la ville annonce fièrement qu’on entre dans la ville la plus au sud du monde (ce qui n’est pas complètement vrai on le verra plus tard), et la plupart des activités placardées dans les vitrines des tours opérateurs comportent la mention “the end of the world” devant.

- The End Of The World Diving

- The End Of The World Horse Riding

- The End Of The World Hamburger

etc.

La ville n’a rien d’exceptionnelle mais le cadre est magnifique : le canal Beagle au pied de la ville et des montagnes partiellement enneigées tout autour. La lumière est très particulière - une lumière australe superbe - et les journées sont très longues, il fait nuit noire seulement de 23H00 à 04H30.

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Avant d’être un gel douche ou une émission écolo Ushuaia c’est surtout le point de départ des excursions en Antarctique. Nous avons passé notre première journée à nous renseigner sur cette option : ça coute les deux bras ! L’Antarctique c’est du luxe, les opérateurs vous expliquent que vous dormez dans des cabines hyper confortables, que vous avez une salle de bain privative, qu’il y a plein de conférences pendant la traversée pour vous rendre plus intelligent, que la nourriture est excellente, que le vin est compris à table. Bref on aura passé deux jours à peser le pour et le contre, à négocier les prix centimes par centimes pour finalement arriver à la conclusion que c’est trop cher pour nos portes-monnaie usés par le voyage. Les options plus longues (un mois) sont financièrement plus intéressantes mais nous n’avons malheureusement plus le temps.

On s’est consolés en allant se balader au pied du glacier Martial. Une marche de 2H depuis la ville où on remonte une petite piste de ski sans neige (c’est le printemps) en longeant un télésiège qui date de l’ère glaciaire. C’est bien balisé, c’est facile, on ne peut pas se tromper, et quand on arrive tout en haut il y a juste rien. Enfin si il y a une montagne et un panneau “voilà le glacier” mais pas de glacier. On n’a pas compris mais c’est beau quand même et on a une belle vue sur la ville.

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Sur la photo ci-dessous c’est Ushuaia et le canal Beagle qui la borde. En face c’est à nouveau le Chili : une petite île nommée “Isla Navarino” au sud de la nôtre où on trouve cette damnée ville qui s’appelle Puerto Williams et qui se trouve donc être la ville la plus au sud du monde. Beaucoup ici racontent que Puerto Williams n’est pas une ville mais une espèce de port qui s’est un peu développé (2500 personnes quand même), que de toute façon il n’y a pas de route pour y aller et que donc ça ne compte pas, que c’est bien Ushuaia qui gagne. Mais nous on sait bien que c’est Puerto Williams qui gagne, avec une carte sous les yeux ça ne fait aucun doute, et on aimerait bien pouvoir y aller sauf qu’il faut débourser 200€ par personne pour traverser A/R le canal en zodiac, ces gens sont fous ! On ne validera pas la ville la plus au sud du monde…

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La vie ici est paisible, la ville est agréable et on se pose un peu en profitant de la lumière, des percées du soleil et en réfléchissant à ce qu’on va faire dans les prochains jours.

Pour se consoler de ne pas aller voir les grands pingouins de l’Antarctique, on est allé en tour à l’est d’Ushuaia. A l’entrée du canal Beagle se trouve une petite île qui a été choisie par les pingouins Magellan pour faire leurs nids. La position de cette île leur est idéale pour trouver de la nourriture en abondance et avoir peu de prédateurs. Et l’île comporte de la végétation, ce qui permet aux pingouins Magellan de creuser dans la terre ou de trouver des cachettes pour faire leur nid.

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C’est le mâle qui fait le nid. La femelle arrive une fois que c’est terminé, elle vérifie la qualité du travail et si elle juge que c’est correct pour y faire ses petits, elle s’installe. Les petits grandissent hyper rapidement. Ils passent de quelques centimètres à leur taille adulte en 20 jours, mais ils ne peuvent pas aller dans l’eau avant 2 mois, le temps que leur plumage devienne waterproof.

On se balade donc sur l’île en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas les déranger. Il y a des nids de partout donc pas question de sortir du petit chemin balisé. C’est bien drôle de regarder ces petites bêtes qui marchent en se dandinant de droite à gauche. On sent que c’est pas super facile pour eux de se balader sur la terre ferme, et dès qu’il y a un petit obstacle à traverser, ça devient tout de suite la grosse galère… Ils tournent en rond dans tous les sens pour essayer de l’éviter avant de se résigner et de se hisser lamentablement sur le petit rondin de bois qui les bloquait.

La route pour accéder à cette île est également magnifique. On passe devant des lacs, des montagnes, dans des forêts dont la moitié des arbres a été mise par terre, surement par le vent et les conditions rudes de la Terre de Feu.

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Un arbre peigné par le vent

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Le village d’où partent les bateaux et quelques petites vertèbres de baleines qui nous arrivent en haut de la cuisse

Le lendemain matin, on a tranquillement profité de la ville et de son beau soleil qui pour une fois nous a ébloui au réveil. Par contre quand on s’est décidé à ressortir dans l’après-midi, on a été surpris par une méchante tempête arrivée en 5 secondes qui a d’abord remué toute la poussière de la ville avant de l’inonder. Du coup, on est allé se réfugier dans un salon de thé réputé où on se l’est joué locale : tarte aux fruits rouges de Patagonie pour Adrien et Maté pour moi.

J’en profite pour faire une petite explication sur ce sujet car le maté est plus qu’une boisson pour les Argentins, c’est un vrai rituel. Il faut remplir quasi à ras bord une sorte de récipient en bois de feuilles de thé llex paraguayensis coupées en petits morceaux, verser de l’eau chaude, mais pas bouillante et boire à l’aide d’une espèce de paille en argent qui a un filtre à sa base, histoire de ne pas se transformer en ruminant. Tous les argentins sont fana de cette boisson et se trimbalent souvent dans la rue avec le verre à la main, la paille à la bouche et le thermos d’eau chaude sous le bras.

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C’est toujours plus classe que la baguette sous le bras et la bouteille de rouge à la bouche, mais le problème, c’est que le maté c’est pas très bon. C’est hyper amer, avec un goût de médicament. Dur de ne pas faire la grimace pendant qu’on le boit. Du coup, on préfère garder nos traditions de bons français et laisser le maté aux Argentins !

On a également fait un petit tour à cheval dans cette Terre De Feu. Les chevaux sont toujours aussi géniaux, un peu plus grands que d’habitude ce qui n’est pas pour nous déplaire, on a moins l’impression de faire du poney. Les gauchos, nos guides, sont très à l’aise sur leur monture, avec leur lasso autour du coup et leur chapeau. Parfois nos guides se mettent en tête d’attraper un de leurs chevaux en liberté pour le ramener avec nous au ranch d’où on est parti. Les courses-poursuite sont impressionnantes : les chiens qui se mettent à aboyer et chasser l’animal, les gauchos qui galopent dans tous les sens et le cheval libre qui cherche à échapper le plus longtemps possible au lasso en sautant partout et en se faufilant à fond la caisse entre nous. Le terrain est hyper accidenté, nous on est au milieu. Une fois le lasso autour du coup le cheval devient doux comme un agneau et nous suit gentiment (ou résigné, c’est selon).

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Le lendemain nous avons loué une voiture avec un couple de Belges bien sympathiques et nous sommes partis au hasard des routes (certes il n’y en a qu’une) pour une nouvelle fois aller voir les paysages autour d’Ushuaia. On profite plus du décors quand on peut s’arrêter quand on veut.

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La voiture est une 206 alors on se sent un peu à la maison quand on claque les portes et qu’on se met au volant. Bizarrement l’Argentine est pleine de voitures Françaises, surtout des Renault, et il est rare de patienter à un passage piéton sans voir passer un Kangoo ou une Logan. Gros succès commercial pour nos petites citadines.

Voilà c’est la fin du bout du monde. Quelle ironie. On aura passé une semaine ici, ravis de l’ambiance, de cette lumière si spéciale. Le lendemain réveil à 4H00 pour attraper un bus direction le nord. Si tôt le soleil pointe déjà le bout de son nez.

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Trente heures de bus pour arriver à Puerto Madryn. Sur la route, les cartes politiques étant ce qu’elles sont, on doit passer au Chili pour deux heures seulement avant de repasser en Argentine ; quelle misère : quatre douanes à passer, fouilles des bagages, attente devant les guichets, c’est absurde mais c’est comme ça. Vive les tampons pour rien sur les passeports. En repassant le détroit de Magellan on a droit à nouveau aux dauphins qui nous accompagnent tout le trajet. On profite aussi une dernière fois du ciel austral.

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Fini le Pacifique, on retrouve enfin la côte Atlantique (qui a dit que ça sent la fin ?) et on va profiter un temps de la faune de la région ; la végétation est plutôt moche, tout est plat, de la pampa à perte de vue.

La péninsule de Valdez c’est grand, il faut donc une voiture pour se balader dans les environs. Le problème a été vite résolu lorsque lors de notre premier petit déjeuner trois Lituaniennes nous ont proposé de partager une voiture de location pour les deux prochains jours.

On a quand même passé la matinée en solo puisqu’on est partis plonger dans le Golfo Nuevo en compagnie des otaries. Ce sont les Belges rencontrés à Ushuaia qui nous ont conseillé cette activité : c’est vraiment pas donné car le club de plongée doit payer des droits d’entrée pour aller dans une réserve maritime mais ça en vaut la peine. Autant dire qu’on a attaqué Valdez par le meilleur !

On est quand même encore en Patagonie, l’eau n’est pas très très chaude. Avant de commencer on s’équipe : on enfile deux combinaisons de 7mm l’une sur l’autre qui comprime la cage thoracique. On rajoute une capuche,  des chaussettes, des chaussons, des gants et un masque et la seule partie de votre corps qui dépasse c’est la bouche qui attrapera le détendeur. On arrive sur une plage à côté d’un cadavre de baleine (sympa), on saute dans un bateau pendant 3 minutes, on arrive sur le site, on nous enfile nos bouteilles et on nous jette à la mer. Même pas froid dis donc ! On sent vaguement qu’on a la bouche en contact avec de l’eau très froide mais le reste est bien au chaud dans la combinaison.

Quand arrive la 1ère otarie, on se fige… On ne  bouge plus… Il parait qu’il faut y aller doucement au début pour ne pas les effrayer parce qu’elles sont timides. Et c’est vrai, elles sont timides environ trente secondes, ensuite c’est juste n’importe quoi : on se retrouve avec une vingtaine d’otaries (voire plus, on était perdus) qui vont dans tous les sens autour de nous. On dirait tout simplement des chiots tous fous : on est sous l’eau et pourtant on dirait qu’elles reniflent tout et qu’elles mordillent tout pour jouer, elles collent leur truffe un peu partout. Au bout de quelques minutes j’ai une otarie qui mordille mon masque et qui m’offre une belle vue sur sa glotte, une autre qui tire ma palme, une qui me mord la main et qui essaye de partir avec, une qui a attrapé le tuyau de mon détendeur, une qui me mord le bras… Bref c’est génial. On les attrape aussi, on les caresse, elles jouent et on arrive presque à les prendre dans nos bras ; une s’accroche même complètement à ma jambe et a l’air de faire des trucs pas catholiques… Comme les chiens donc. Elles font des aller-retour incessants avec la surface pour respirer, nous on a un gros sourire accroché derrière notre détendeur et on observe le ballet. Elles sont hyper agiles sous l’eau c’est assez incroyable à voir. Elles mordent tout mais sans jamais faire mal et pourtant les dents sont belles… faut faire confiance. Elles vous regardent dans les yeux à deux centimètres, c’est incroyable comme expérience.

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Quand on repart on voit toute la colonie sur la plage en face de nous. Il y a des mâles vraiment énormes, avec une tête beaucoup moins commode, on est bien contents qu’ils ne soient pas venus nous rendre visite.

A peine rentrés à l’hôtel on saute dans une voiture avec nos trois Lituaniennes et on file direction Punto Combo, une réserve de pingouins à 200km au sud de Puerto Madryn. Ce sont les mêmes pingouins qu’à Ushuaia, les Pingouins de Magellan, et ils sont toujours aussi drôles à observer. Il y en a des milliers, le sol est recouvert de nids et ils passent leur temps soit à dormir, soit à se diriger vers la mer, soit à brailler de façon bizarre (un peu comme des ânes ils font des “hi-hannn” en agitant leurs petites ailes). On est au milieu de toute cette vie, quand on s’assoit et qu’on attend ils s’approchent vraiment près en tournant leur tête dans tous les sens, on ne sait pas si c’est de la curiosité ou une position d’attaque. Aucun coups de bec à déplorer pendant cette après-midi.

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Le lendemain nous sommes partis visiter la péninsule de Valdez proprement dite. A nouveau pas mal de voiture en compagnie de nos Lituaniennes plutôt sympas. Le début est un peu décevant car en face d’un point d’observation à orques nous n’apercevons que des phoques. Bon on attend un peu en se disant que peut être un orque va surgir de l’eau et se faire des sashimis de phoques… mais rien. En milieu de journée nous découvrons ENFIN un coin qui nous en met plein les yeux : encore des phoques, certes, mais à quelques mètres de nous. C’est assez passionnant de rester à les observer jouer ou se battre. Finalement on se fait déloger par une voix aigrie derrière nous “qu’est ce que vous faites ici ?!??”. On s’est vite fait expliquer par une femme un peu hystérique qu’on était sur une propriété privée et qu’on n’avait rien à faire ici. Elle avait déjà appelé les autorités du parc pour se plaindre et tout et tout. Bon on l’a vraiment pas fait exprès mais on en aura bien profité au final.

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Le soir on a fait une “sortie baleines”. La péninsule est connue pour être un passage très fréquenté par les baleines franches australes qui viennent mettre bas dans le Golfo Nuevo. Effectivement pas besoin de chercher longtemps les baleines, à peine cinq minutes de bateau et on en voit un peu partout au loin. On aura suivi une mère et son baleineau pendant une petite heure ; ils sont plutôt curieux et s’approchent vraiment à quelques centimètres de l’embarcation. La baleine franche a beau avoir une sacrée gueule pas forcément très glamour, il faut reconnaitre que c’est beau.

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Ces deux jours auront été riches en observation de la faune locale. Ainsi se termine pour nous la Patagonie ; dès le lendemain, nous re-sautons dans un bus direction l’extrême nord de l’Argentine. Ce n’est pas la porte à côté mais on vous retrouve là-bas.

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