Il y a tellement de contrôles de douanes après avoir passé la frontière Argentine qu’on met deux fois le temps nécessaire pour atteindre notre prochaine étape Purmamarca. Le bus qui s’arrête, les douaniers qui fouillent tout, le bus, les sacs, les poches, … on repart et ça recommence quelques kilomètres plus loin.
Parait que la Bolivie est un gros producteur de farine.
Bref, la nuit tombant, on n’a pas réussi à atteindre Purmamarca et on a décidé de prendre un hôtel à Tilcara, à une demi-heure de là. Enfin un “hôtel”… plutôt une maison communautaire très sympa où tout le monde cuisine, mange ensemble, on dirait des potes dans une maison de vacances. Le gérant a 25 ans, des énormes dreadlocks, et un pétard à la main assez rapidement. Ca n’empêche pas de payer son lit assez cher mais c’est sympa.
La vallée qui s’étend du nord au sud de cette partie de l’Argentine est connue pour ses montagnes aux sept couleurs. Notre trajet en bus ne nous a pour l’instant pas éblouis même si on reconnait discerner quelques nuances de-ci de-là.
Le lendemain on a donc filé à Purmamarca et on a enfin pu admirer les multiples teintes et les merveilles que l’érosion peut donner lorsqu’elle s’en prend à toute une montagne. Du vert, du rouge, du gris, du jaune, du violet, du blanc, … on ne sait pas bien dire s’il y en a sept mais c’est beau.
Nous avons profité d’une petite marche autour du village puis nous sommes partis en taxi voir les Salinas Grandes, un autre désert de sel mais plus petit que son voisin Bolivien.
La route est magnifique, on en prend encore plein les yeux côté couleurs. Par contre grosse déception pour le Salar ; il parait que tout est bien fade après Uyuni et on doit bien confirmer que c’est à des années lumières de la beauté blanche du grand du vrai Salar.
Ici le sol est marron, un mélange de sel et de terre. Pour récolter du sel les habitants doivent creuser le sol, mettre de l’eau qui par capillarité va absorber le sel du sol puis attendre que ça s’évapore. Ces trous réguliers dans le sol sont assez amusants à voir mais le plaisir s’arrête là.
A Tilcara nous avons également essayé de nous faire un bon gros pavé de bœuf Argentin histoire de fêter comme il se doit notre arrivée dans ce pays mais les restaurants de la ville n’offrent que du lama, du mouton, du maïs et des pommes de terre andine… notre quotidien depuis si longtemps… C’est donc décidé, nous allons accélérer et nous diriger vers le sud de l’Argentine assez rapidement.
Entre deux bus nous avons essayé de visiter la ville de Salta réputée pour son architecture coloniale. On découvre un véritable désert (un autre me direz-vous) : des rues désertes, ni voitures, ni piétons, tous les commerces fermés. Absolument tous les commerces, rien, nada, aucune porte n’est ouverte.
Nous nous trouvons en plein milieu de trois jours de deuil national cumulé à une journée fériée pour cause de recensement. Oui, les Argentins effectuent leur recensement en un jour, décrétant du même coup l’assignation à résidence de tous leurs citoyens. Façon étrange d’impacter l’économie d’un pays pour compter ses habitants…
Du coup on croise uniquement quelques touristes errants comme nous dans les rues en se demandant ce qu’il se passe. On finit par tomber sur un vendeur de pop-corn ambulant, avec sa carriole, à qui on achète un petit paquet, puis on part s’allonger sur un banc de la place principale. Il n’y aura pas de musée, pas de visite de cathédrale, pas de côte de bœuf accompagnée d’une bouteille de rouge sur la place principale. Seulement quelques touristes aussi hagards que nous. On se demande d’ailleurs comment les touristes de la ville font, car qui n’a pas prévu un sandwich pour se sustenter à midi mourra de faim sauf s’il est prêt à se remplir de pop-corn, pas mauvais au passage.
L’église et la cathédrale… fermées…
La place principale et une rue en plein centre ville… On se croirait après une catastrophe nucléaire dans un film de SF.
5h de bus tout à l’avant en mode panoramique, ceintures de sécurité attachées (j’y tiens), nous ont conduits à San Juan, une ville de 460 000 habitants au nord de Mendoza. Le premier constat : la ville est verte et plein d’arbres bordent les trottoirs ; on réalise alors que ça faisait bien longtemps qu’on avait pas vu d’arbres.
En Argentine, les villes sont organisées comme aux Etats-Unis : les rues se croient à angle droit et les habitants comptent en block de rue (quadras) à parcourir. 4 quadras tout droit, 3 à droite et nous voilà arrivés à l’hôtel après 20 min de marche.
Quand on est enfin posés, on part se promener dans le centre pour faire les boutiques et trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Là encore, il faut qu’on s’habitue à l’Argentine : tout est fermé tous les jours entre 12h30 et 17h. Les gens, on ne sait pas ce qu’ils font ni où ils sont ; ils doivent être adeptes de la vie en fractionnée : 4h de boulot, 4h de sieste, 4h de boulot, 4h de soirée, 4h de sommeil…
On a tout de même trouvé un supermarché ouvert dont le patron doit être insomniaque. On s’est acheté une énorme pièce de bœuf et une bouteille de vin pour se réconcilier avec cette journée.
Le lendemain, on loue des vélos pour se faire la route des vins : quelques caves dispersées autour de la ville ouvertes à la dégustation. Il fait 10° de moins que la veille mais on enfourche quand même nos vélos, les papilles toutes émoustillées, pédalant farouchement pour parcourir le plus rapidement possible en vent de face les 27km qui nous séparent de la 1ère cave.
La 1ère était fermée entre 12h et 15h. On regarde nos montres : 13h; nickel chrome ! On décide de la zapper et de passer directement à la 2ème qui d’après le guide doit ouvrir à 14h. Ca nous laisse juste le temps de manger et d’y aller. On arrive devant le portail de la 2ème à 14h15 pour la trouver fermée aussi et ouvrant à 15h… On se fait une petite réunion rapide à 2 pour faire un bilan :
15h, 30 km dans les jambes, toujours pas une seule goutte de vin dans le gosier –> Echec
En manque de plan de secours, on a squatté devant le portail pendant 1h et quand enfin ça a ouvert, on n’a pas été émerveillés par les vins bio de la maison.
En route vers la cave suivante, Manue a crevé.
On a fait une petite réunion d’urgence : 16h, à 30km de San Juan, un vélo en moins, 2 verres de vins pas terribles dans le gosier –> Echec
5 min après pourtant, c’était réglé. Le fils du viticulteur a réparé le vélo en 2 secondes et on a pu déguster nos vins tranquilles. San Juan, c’est la région du Malbec et du Shiraz. Des vins ultra puissants qui vous détruisent les papilles s’ils ne sont pas accompagnés d’un steak de bœuf recouvert de fromage. Du coup, dans une dégust, c’est moins évident d’être impressionnés. On lui en a quand même acheté une tite bouteille pour service rendu.
C’est la 3ème dégust qu’on a préféré. Les vins étaient moins lourds, avaient un peu plus de finesse dans les saveurs. On a fait nos petits achats et on est reparti avec le sac à dos bien chargé et plus de vent pour nous pousser vers la ville.
Dernier jour à San Juan, c’est le week-end, on est allé au lac Dique Ullum, le lac artificiel du barrage qui sert de station balnéaire aux habitants de la ville. Il faut quand même 1h pour y aller en bus. Le bus nous dépose au milieu de nulle part, le paysage est lunaire et le lac est assez loin, il faut marcher une éternité pour arriver à la “plage” et son complexe balnéaire.
Là bas, avant de rentrer, le garde nous explique que tout est fermé, les piscines sont vides, il est interdit de se baigner dans le lac car il n’y a pas de surveillant, il n’y a pas de restaurant ouverts… Tout ouvre demain. On peut juste se poser sur la digue pour prendre le soleil, mais pour cela, il faut quand même payer le droit d’entrée.
“OK”, je récapitule et capitule, “Il est 15h30, on a la dale et y’a rien à manger. On a fait une heure de bus, on a marché pendant 2h, on a même pas trempé un doigt de pied dans le lac. Echec et Mat !”
On remonte donc vers la route où un pick up a accepté de nous prendre dans sa benne pour nous rapprocher de la ville. On a terminé le trajet en bus et on a terminé la journée à l’hôtel, avec plein de bouffe et de vin, où finalement on n’est pas si mal que ça !
Nous nous sommes ensuite dirigés vers la petite ville de Barreal, coincée entre la cordillère et la pré-cordillère.
La route est superbe : des montagnes improbables, des rivières, des arbres immenses au vert intense qui tranchent devant les décors de roches, des chevaux sauvages au milieu de tout ça… et après quatre heures on arrive enfin : une immense rue principale, des arbres, et pas grand chose d’autre.
Il est 13H30 et évidemment tout le monde fait la sieste. Le chauffeur nous demande où il nous jette et évidemment on ne sait pas trop quoi répondre. Alors on descend au pif, on charge nos gros sacs sous un soleil violent, et se met en marche dans une direction au hasard. Au bout de quelques milli-secondes, on transpire et on n’en peut plus.
Barreal pendant la sieste… ça dort…
Le premier hôtel que l’on croise est complet, le deuxième est fermé, et on commence à s’imaginer marcher pendant une heure avec nos sacs. On arrive à un troisième hôtel, la porte est fermée, on sonne, on attend, on attend, on croit voir bouger quelque chose au travers des vitres de la porte, on attend, et ENFIN, une vieille dame d’environ 97 ans vient nous ouvrir…
Peut être 98 ans.
- “Queremos una habitacion doble” demande poliment Manue dont l’espagnol s’améliore de jour en jour.
La communication avec cette dame est totalement inefficace, on ne comprend rien à ses explications. Comme on pressent qu’on est peut être devant le dernier hôtel de la ville on prend notre mal en patience et on finit par jeter nos sacs dans sa salle à manger en attendant qu’une chambre se libère.
Et on part manger parce qu’on a faim. Comme les Argentins font tous la sieste après manger et qu’il est 14H00 on fait pas les difficiles et on rentre dans le premier truc ouvert avant que ça ne ferme et qu’on ne meure de faim. On tombe sur une espèce de sortie de centre-aéré où une vingtaine d’enfants font un raffut impossible en lançant de la bouffe partout. On se demande comment il peut y avoir autant de monde dans une pièce sachant que la ville semble déserte. On devient la cible de ces chérubins qui nous harcèlent de questions mais au milieu de cette tempête de bruit on savoure un bien bon steak.
Comme il parait que c’est joli on part se balader au grès des rues de Barreal et effectivement, c’est joli. Les montagnes de la cordillère des deux côtés, des saules pleureurs gigantesques d’un vert pétant magnifique et des chevaux au milieu de tout ça.
Les saules de Barreal, superbes…
Après la sieste le village se réveille et les chevaux courent dans les rues
A cause de la chaleur on s’est évidemment rapidement retrouvés à boire une bière dans la rue principale sous le soleil qui décline. A un moment une vieille Volkswagen pourrie vient se garer à côté de nous et un backpacker vient s’assoir non loin en dégustant lui aussi une bière. On rencontre ainsi Maxime, un Québécois qui a fait tout le chemin depuis chez lui dans sa vieille bagnole. On sympathise vite, on boit, et finalement il nous propose de nous emmener à Mendoza le lendemain car il s’y rend. On décide de l’accompagner pour nous changer un peu du bus Argentin.
De retour à l’hôtel on arrive enfin à avoir une chambre auprès d’un monsieur d’environ 104 ans. Les discussions entre lui qui n’entend absolument plus rien et nous qui ne comprenons pas sont cocasses.
On finit la soirée avec Maxime et plus tard dans la nuit on croise par hasard un groupe de quatre personnes dont Mélissa, une canadienne sympa qui était dans le Salar d’Uyuni avec nous. Le monde est petit. Bref on va se coucher tard…
Le lendemain on prend la route pour Mendoza. On est serrés mais ça fait du bien de monter en voiture ! Petite pause vin-charcuterie-fromage délicieuse au bord d’une cascade le midi puis évidemment on crève à cause d’un énorme bout de bois qui a réussi à percer le pneu… Maxime avait déjà réparé huit fois ce pneu et il était à court de mèches mais comme sa roue de secours est moins crevée que la roue crevée on arrive à repartir… et là évidemment on tombe derrière un camion qui s’est couché sur la route… on attend une heure et demi que les policiers dont l’organisation et l’efficacité rappelle fortement l’Inde dégagent la route puis on repart…
En début de soirée, on arrive affamés à Mendoza, Maxime fait un frein à main sur la place principale et on coure s’envoyer un steak dans une brasserie sympathique. Il fait bon, on est bien, la soirée s’emballe un peu et vers 2H00 du mat’ on se rend compte qu’on n’a pas d’hôtel. Heureusement Mendoza est une grande ville et on se trouve un petit dortoir pendant que Maxime va se chercher un coin paumé pour dormir à la belle étoile. On remettra à un peu plus tard la visite des caves de la région…
On avait prévu de passer pas mal de temps à Mendoza parce que :
- le climat y est absolument parfait
- les alentours sont remplis de vignes et de vins
- les rues sont bordées de parrillas qui servent des énormes steaks
- Max, notre Québécois-chauffeur bien cool, était dans le coin aussi
- et surement plein d’autres raisons qu’on ne connaissait pas encore
Mais les plans sont faits pour être changés, c’est un des avantages de ce long voyage. Du coup, quand on a vu qu’un bateau cargo-croisière partait 2 jours après de Puerto Montt au Chili pour descendre pendant 3 jours en Patagonie au milieu des fjords et des glaciers chiliens, et qu’il n’y a qu’un départ par semaine, on n’a pas hésité beaucoup et on est parti acheter des billets de bus.
Notre séjour à Mendoza n’a donc duré que 2 jours, juste le temps la première journée de se faire un bon aperçu de la ville et de voir qu’elle est vraiment agréable, de se faire une parrillada énormississme le midi et de faire la sieste ensuite dans une chambre ensoleillée comme il est de coutume.
Une petite parrillada pour 2. Maintenant, on comprend mieux pourquoi les rues sont désertes entre 13h et 16h : tout le monde a le ventre explosé.
Le deuxième jour, on est parti dans les alentours de Mendoza, à Maipu, découvrir ce que les vignes de la région ont de bon à offrir. Contrairement à San Juan, Mendoza est très bien équipée pour faire la route des vins touristique en vélo. A peine descendus de notre bus, 4 jeunes nous sautent dessus pour nous attirer dans leur location de vélo respective. Les prix descendent en flèche sans qu’on ait besoin de dire plus de 3 mots, et on se retrouve pour 3 fois rien avec nos vélos, une carte et les horaires de toutes les caves dans les alentours, ainsi que le prix et le nombre de verres par dégust. Pratique pour trouver le meilleur rapport quantité d’alcool absorbée/quantité de cash dépensé. Parce que dans la région, surement à cause de l’énorme succès touristique, quasi toutes les caves ont une dégustation payante. On est loin du petit producteur de Mont-Saint-Louis…
On a fait un peu de vélo, mangé un TRES bon steak (enfin !) et bu du vin toute l’après-midi, sous un temps magnifique.
Les vins nous ayant retenus un peu plus longtemps que prévu, on a dû pédaler dur au retour pour ne pas louper notre bus de nuit. Bizarrement, on a dormi comme des bébés dedans, confortablement installés dans nos gros fauteuils.
17h plus tard, on est arrivé à Bariloche qu’on a entraperçu à travers les fenêtres du bus. La région a l’air d’être belle, avec ses sommets enneigés et ses lacs : comme la Suisse comme tout le monde nous l’avait dit. Mais la Suisse c’est beau aussi ! Par contre, la température a sacrément changé, on sent qu’on a fait un long trajet vers le sud et on se caille sacrément en tongs et en T-shirt manches courtes. Pendant un instant on se demande pourquoi on a quitté les températures parfaites de Mendoza…
Le bus le plus propre de notre vie ! Le “steward” devait être un fétichiste du balai-serpillère.
Mais on ne s’est pas arrêté à Bariloche : on a juste attendu un bus pour aller à 7h de route de là, à Puerto Montt au Chili, où demain matin on doit prendre le bateau. Un autre long trajet nous a amené à la frontière chilienne, qui a été un des passages les plus longs de l’histoire de notre passeport. J’ai dû défaire tout mon sac pour démontrer que ce que les douaniers prenaient pour des restes d’animaux en danger d’extinction à revendre au marché noir étaient juste quelques petits cadeaux qu'on avait acheté dans les Andes.
On est enfin arrivé à Puerto Montt vers minuit, exténués, et avant de s’endormir dans le lit douillet de notre hôtel, on a juste eu le temps de faire une petite prière :
“S’il vous plaît, faîtes que demain matin il restera des places pour la croisière.”
Oui, parce qu’on avait peur de louper la correspondance de bus à Bariloche, du coup on n’a pas encore nos places sur le bateau… et Puerto Montt n’a rien d’attirant à part d’être le départ de la croisière.
C’est quitte ou double. A suivre !
