Pour quitter le sud de l’Argentine nous avons battu notre record du plus long trajet cette année. Quarante heures c’est le temps qu’il nous a fallu en bus pour aller depuis Puerto Madryn en Patagonie à Puerto Iguazu à côté de la frontière brésilienne ; 2750 Km en tout.
Et concrètement, 40h ce sont : une demi-nuit, une journée complète, puis une nuit complète et enfin une journée jusqu’à 16h. C’est long, c’est même TREEEEES long : surtout quand après une nuit et une journée, on réalise qu’il nous reste encore 24h… “Ah ouais, quand même !” Mais heureusement, on a de l’entraînement pour réussir à le supporter assez bien.
On a changé radicalement de climat pendant ce trajet, et ce n’est pas pour nous déplaire que nous sommes arrivés dans cette petite ville à quelques mètres de la frontière brésilienne, surtout connue pour sa proximité avec les chutes du même nom célèbres dans le monde entier.
Ici, la terre est rouge et gorgée d’eau, la végétation est luxuriante à grosse tendance jungle tropicale, tous les jardins sont dotés d’un barbecue géant, il fait 30°C, notre hôtel a une piscine, il y a un marché en plein air qui est spécialisé dans la vente d’olives, de fromage et de charcuterie - “olives, fromage et charcuterie”, la trilogie du bonheur !!! Alors ici, on se sent bien. Ici, on se sent en “vacances”. Quand on croise des gamins tous crados qui essayent de nous vendre des trucs dans la rue, on ne se sent plus du tout en Argentine. Nous avons fait un saut dans le temps et dans l’espace pour nous rappeler avec plaisir l’Asie et pour nous faire oublier que nous ne sommes pas loin de notre retour…
On est bien sûr venus ici pour visiter les chutes, et nous nous y sommes attelés dès le lendemain. Les chutes d’Iguazu se répartissent en 2 parcs nationaux, l’un au Brésil et l’autre en Argentine, et la rivière au milieu fait office de frontière internationale.
Armés de nos passeports, nous sommes partis en direction du Brésil, et dès notre arrivée au parc nous avons vu les premières chutes d’eau : celles qui nous sont tombées juste sur la tête. Oui, on aurait dû se méfier de ce trop plein de bonheur et des gros nuages noirs qui pointaient à l’horizon. On a donc fait la visite sous l’orage, moi avec une cape de pluie achetée en urgence sur place et Adrien avec un parapluie. Malgré ça, nous étions trempés jusqu’aux os avant même d’avoir vu les cascades de près.
La première vue sur les cascades est impressionnante, gigantesque. On sait tout de suite qu’on ne va pas être déçus. Iguazu c’est n’est pas qu’une cascade, c’est en fait un énorme plateau, où se mêlent de la jungle et de l’eau : des filets d’eau, des ruisseaux, des rivières, des fleuves. Et ce plateau déborde de partout, crache et vomis avec violence le trop plein d’eau sur deux étages en contre-bas. OK, avec des images ce sera plus clair.
Ici, même les solles sont mouyés !
Le côté brésilien donne une vue panoramique mais incomplète de l’ensemble des chutes par rapport au côté argentin, et on a profité de ce prétexte pour ne pas passer des heures sous la flotte et se réserver le meilleur pour le lendemain.
Manque de bol, ce lendemain le temps reste le même : averses torrentielles pour le petit déjeuner qui se sont prolongées toute la matinée. Lassés d’attendre une accalmie on a pris nos affaires de pluie, nos tongues et rien d’autre pour partir.
Et on a bien fait, il ne nous a presque pas trop plu dessus et on a pu faire tout ce qu’on voulait avant la fin de la journée.
Côté Argentine, on peut voir les cascades de vraiment près, sentir leur souffle puissantissime, mais aussi avoir une superbe vue d’ensemble. C’est vraiment bien aménagé avec des passerelles de partout et au vue des récits des autres voyageurs, on a eu beaucoup de chance parce qu’il n’y avait pas trop de monde, donc pas la peine de faire la queue pour prendre sa photo ni de jouer des coudes pour accéder aux points de vue les plus intéressants et encore moins de se contorsionner pour faire croire qu’on est les seuls devant la chute.
La faune locale, très présente également dans la jungle et dans les aires de pique-nique
On a terminé notre tour du parc par la cascade de la Gorge du Diable, celle qui est tout au fond et qui est la plus large. La vue de cette cascade prend littéralement aux tripes, on se sent aspiré vers le bas comme une petite molécule d’eau. Cette cascade ne pardonne pas : vers 1938, on pouvait approcher le bord de cette cascade pour en sentir le gouffre à bord de bateaux à rame. Manque de bol pour 8 Allemands, le rameur a un jour perdu le combat contre la Gorge du Diable et ils se sont tous retrouvés en bas. Pas un survivant.
C’est tellement énorme que c’est difficile à décrire, mais on s’en est mis plein les yeux avant de repartir vers la capitale du pays mais surtout la capitale de la viande, du vin, de la fête, du tango et du shopping !
A peine à Buenos Aires Dehors on apprécie les températures quasi-parfaites de jour comme de nuit, les gens profitent des terrasse ombragées pour s’envoyer des bières rafraichissantes et des gros morceaux de viande. Sur le toit de notre hôtel on a un jacuzzi au soleil et un BBQ plein de promesses.
Parlons un peu de viande. La viande est PARTOUT, n’importe quel restaurant affiche en gros “PARILLADA” qui consiste en un gros BBQ à volonté avec bœuf, agneau, poulet, porc, boudin… environ 2kg de protéines direct dans votre estomac. Même en plein centre ville on croise de temps en temps des effluves de viande en train de griller et on cherche des yeux d’où cela peut bien venir. Ce qui est curieux c’est que le choix de viande dans les boucheries est particulièrement mince pour un pays qui en mange autant. Sorti du steak, de la cuisse de poulet ou de l’entrecôte on ne trouve pas grand chose ; ce qui n’empêche pas d’en profiter…
Pour notre première jour ici nous sommes allés nous promener dans le quartier de La Boca, réputé pour ses rues colorées. La Boca est un quartier populaire (et pauvre), historiquement le quartier des immigrés Italiens et Espagnols qui à la fin du XIX travaillaient dans des conditions difficiles au port de Buenos Aires dans l’exportation de viande. Les habitants de l’époque ont repeint les murs de leur quartier avec les surplus de peinture disponibles et c’est aujourd’hui devenu une des attractions majeures de Buenos Aires.
C’est dans ce quartier qu’a grandi Maradona et le commerce sur la star argentine va bon train, on trouve à peu près de tout à son effigie. C’est également dans ce quartier et via les influences des immigrés du XIX siècle qu’est né le Tango. On trouve un peu partout des danseurs de rue offrant leurs talents aux caméras des touristes. Alors on s’est posés nous aussi à une table de restaurant au soleil et on a dégusté une côte de bœuf devant les spectacles qui s’enchainaient pour notre plus grand plaisir.
Mais oui, on dirait bien Maradona là-haut à la fenêtre…
Attention la jambe du mec sur la dernière…
Le café est presque obligatoire pour trouver la force de repartir.
Au grès des rues on croise de temps en temps des curiosités comme par exemple des bouteilles d’eau placées sur les toits des voitures en stationnement (quand on roule c’est moins pratique). C’est une chose que nous avions beaucoup vu à San Juan et qu’on retrouve un peu ici : pendant la guerre civile du milieu du XIX, une femme a voulu fuir à travers le désert avec son bébé et s’est retrouvée à court d’eau. Elle en est morte et son petit a survécu accroché au sein de sa défunte mère. Les gens ont alors cru au miracle ; cette femme appelée Difunta Correa devint une légende et le lieu de sa mort un énormissime lieu de dévotion (à quelques kilomètres de San Juan). Du coup les gens laissent une bouteille d’eau sur le toit de leur voiture au cas à Difunta Correa puisse étancher sa soif s’il arrivait qu’elle passe par ici. Il y a une forte croyance populaire que cela porte chance.
Se déplacer dans la ville nous a aussi permis de nous ré-habituer aux joies du métro, ça faisait longtemps. On a même cru pendant quelques instant qu’on était rentrés à Paris. Fausse alerte, tout va bien, il reste quand même 8 jours.
Il faut croire qu’il existe une forme de justice divine car ces derniers jours nous avons eu un temps de chiotte à Buenos Aires. Ou alors ce sont les personnes qui ont passé 12h dans leur véhicule ou la nuit au bureau à cause de la neige qui nous ont envoyé plein de mauvaises ondes.
Toujours est-il que les 4 derniers jours, dès qu’on décidait de sortir la tête dans la rue, on se prenait la pluie. Du coup, je prends du retard dans mon programme de bronzage intensif de pré-rentrée. Oui, la vie est dure parfois !
Que peut-on faire à Buenos Aires quand la menace de pluie est constante ? On peut manger des gros steaks – on a trouvé une parrilla où la viande était incroyablement délicieuse – ou des grosses pizzas – on a trouvé une pizzeria où les pizza baignent dans le fromage –, boire du vin rouge, faire du shopping, aller au ciné. Et c’est à peu près ça qu’on a fait, plus quelques visites entre les gouttes. Dans cette ville, on a retrouvé le plaisir de marcher dans les rues, sans but précis, en regardant les boutiques et en mangeant des glaces. Cette ville est agréable, avec ses grandes artères et ses différents quartiers ; c’est une bonne étape pour se préparer à retrouver la vie parisienne.
Côté visites touristiques, on est passé par l’incontournable cimetière de Recoleta, la version argentine du Père Lachaise, où sont enterrées plein de personnalités inconnues de nos petites personnes sauf Evita, la figure emblématique du pays, qui fut mariée au président Peron et qui a plaidé la cause des pauvres et des femmes dans les années 40. Les caveaux du cimetière sont impressionnants par leur taille, certains ressemblent même à de mini-églises et c’est bien agréable de se promener dedans surtout quand le soleil pointe son nez.
On est aussi allé voir un show de tango, un diner spectacle un peu comme au Lido, sauf que la version argentine est plus habillée et la bouffe n’est pas terrible. Par contre le show en lui-même vaut vraiment le coup : un orchestre accompagne les danseurs ou les chanteurs. L’accordéon est très présent dans la musique argentine et l’accordéoniste qu’on a vu était impressionnant. Les danses aussi sont toujours aussi bluffantes : les jambes vont tellement vite qu’il est impossible de comprendre les mouvements. Le tango a l’air VRAIMENT compliqué et il doit falloir des années de d’entrainement pour arriver à un résultat potable. On a passé un très bon moment à les regarder, mais nous, on va rester au rock pour enflammer la piste de danse.
Le lendemain, on a décidé de sortir un peu de la ville et prendre l’air, surtout que le temps paraissait beau. A une heure du centre, il y a le delta que forment le Rio Parama et le Rio Uruguay en se jetant dans le Rio de la Plata : une multitude de canaux qui serpentent entre des centaines de petites îles. C’est la destination préférées des habitants de la ville pour le week end ou pour les vacances et beaucoup de citadins y ont leur maison secondaire ; il y a quand même 10 000 résidents à l’année sur le delta. Pour y aller, il faut prendre le train de banlieue et on a la légère sensation d’être dans le RER. On s’attendait à arriver dans un petit village, mais en fait Tigre est une grande ville et il faut prendre le bateau-bus pour s’enfoncer dans les canaux et vraiment changer de décor. La vie a l’air bien tranquille sur ces petits îlots, certains sont transformés en hôtels qui ont l’air luxueux, d’autres abritent de toutes petites maisons modestes avec toutes un ponton au bout de leur allée. Ce jour là, un jour de week end, le trafic dans l’artère principale est infernal : des kayaks circulent au milieu des scooter de mer, des bateaux de plaisance, des bateaux-bus, des bateaux de croisière, des barques… C’est un ballet impressionnant qui va dans tous les sens, à toutes les vitesses et on se demande comment il n’y a pas un accident de temps en temps.
Nous, on s’est baladé le long des petits chemins terrestres sur une des îles où il est possible de se déplacer à pied. Puis, on est tombé sur Julian, un petit vieux qui louait des kayaks pour pas grand chose. Il nous a tout de suite accueilli comme des membres de se famille : il nous a fait faire le tour de sa propriété, nous a parlé de la façon dont ils vivaient ici, nous a proposé de boire un thé avec lui… Ensuite on a sauté dans un kayak 2 places, genre un de compétition où il faut avoir une vigilance constante pour ne pas perdre l’équilibre. On avait certes le choix avec d’autres embarcations moins périlleuses, mais Adrien a décrété de nulle part qu’on était des pros de la rame et qu’un bateau où on ne risquait pas de finir à la flotte en moins de 2 minutes était indigne de notre talent…
Bref, nous voici partis sur une branche du canal toute tranquille, en jouant des hanches et des genoux pour ne pas finir à 180°. On a trouvé notre tempo et notre coordination au bout de quelques minutes ; on se débrouillait même pas trop mal ! Sauf qu’au bout de canal, on est tombé sur une autoroute fluviale, avec des bateaux dans tous les sens qui faisaient des vagues dans tous les sens mettant en péril notre équilibre précaire. Notre taux de confiance est rapidement passé de 100% à 1%, on a fait un demi-tour en un temps record et on est reparti comme des fiottes dans l’autre sens, en sécurité et à l’abri de toute cette excitation. Du coup notre expérience aura été assez courte, mais vu les gros nuages orageux qui arrivaient à toute allure, ça n’a pas été une mauvaise chose. On est rentré sur le continent sous la pluie battante ; sans le soleil, le delta fait moins rêver.
Dimanche, jour des marchés. Il y a un vent violent, mais l’avantage c’est que les nuages n’ont pas le temps de stationner bien longtemps au dessus de nos têtes. Après une grosse côte de bœuf au barbecue sur le toit de notre hôtel, on est parti se promener et arpenter les rues pour regarder les petits étalages de jeunes créateurs qui font des bijoux avec 3 fils de fer et des paréos avec 3 fils de laine. Les argentins sont des fanas du shopping, toutes les rues commerçantes et tous les marchés sont tout le temps blindés de monde, même en semaine. Ils aiment la mode et sont plutôt bien habillés, et nous, comme d’habitude depuis un an on passe pour de gros pouilleux…
Nos pas nous ont mené à l’entrée d’un cinéma, un gros complexe dans un immense centre commercial, et on s’est laissé tenté par le film français ‘El inmortal’ en VO – encore une étape dans le process de réadaptation ! Au guichet, la femme nous annonce le prix des billets : environ 12€ pour 2 et nous informe qu’avec 40 centimes de plus, on peut avoir un paquet de popcorn du volume d’un sac poubelle et 2 boissons d’un litre… Ca doit surement faire parti du programme gouvernemental : “L’accès à l’obésité pour tous” et ça a l’air de bien marcher vu qu’on a pris l’offre comme à peu près tous les autres clients. On a mangé du popcorn en continu pendant tout le film – quasi 2h tout de même – et on n’a même pas réussi à le finir ! Une aberration…
Pour finir notre séjour loin de chez nous, nous avons visité la ville de Colonia. Colonia, c’est en Uruguay, de l’autre côté du Rio de la Plata, juste en face de Buenos Aires, à 45 km pour être exact.
Ce matin, avant de partir, on s’est dit qu’il allait forcément nous arriver une galère : se faire piquer nos passeports en Uruguay et ne pas pouvoir retourner en Argentine pour prendre notre avion demain, ou rater notre ferry de retour pour Buenos Aires ce soir, ou … je sais pas, mais n’importe quel plan foireux.
Bah oui, ça fait quasi un an qu’on voyage et quand on nous demande quelles galères on a eu, on réfléchit pendant 5 minutes, on se repasse tous les pays pour finalement ne rien trouver… C’est louche, ce n’est pas possible, statistiquement, on aurait dû éviter la mort de peu au moins 1 ou 2 fois ! Alors on se dit que forcément cette belle galère va arriver avant la fin, et il nous reste 1 journée…
Histoire de vous instruire une dernière fois, voici quelques faits historiques : Colonia a été fondée en 1680 par les Portugais qui voulaient étendre leur territoire jusqu’à la frontière naturelle qu’est le Rio de la Plata. De part sa position stratégique, la ville a vite pris de l’importance et a mis en péril le monopole commercial qu’avait les Espagnols avec Buenos Aires. S’en est suivi des décennies de conflits entre les deux puissances, faisant basculer Colonia alternativement entre les mains des espagnols et des portugais et vers 1750, un accord a finalement donné le contrôle de cette ville aux espagnols.
Aujourd’hui, Colonia est une petite ville charmante et dont le centre historique, inscrit au patrimoine de l’Unesco, garde tous les vestiges de son passé. Les rues sont petites et pavées. On voit bien la différence entre les 2 types d’architecture : les maisons espagnols sont larges et à 2 étages tandis que les portugaises sont en plain-pied et colorées. Elles sont souvent alternées dans la rue, comme si entre 2 changements de pouvoir ils n’avaient eu le temps de ne construire qu’une seule maison. L’église aussi, maintes fois détruite et reconstruite est aujourd’hui faite avec des bouts de toutes les époques et tous les styles. C’est une guide qui nous attendait à la sortie du ferry qui nous a tout expliqué.
La journée était magnifique, la ville est reposante, avec tous ses bougainvilliers en fleurs et ces vieilles voitures. Et pour rendre tout absolument parfait, il y a même des plages. On en a oublié que c’était là notre dernière journée de vacances, et puis quand la réalité a refait surface, on s’est dit qu’on n’aurait pas pu imaginer mieux comme final.
Nous avons loué une petite voiture pour visiter les alentours et voir cette magnifique arène, faisant parti d’un grand complexe touristique, qui a couté les yeux de la tête au début du 20ème siècle et qui aujourd’hui est abandonnée et tombe en ruines
Dernier verre au bord de la mer, à l’ombre parce que le soleil est trop fort
Dernier repas sur une petite place, en T-shirt et avec un peu de vin blanc pour se rafraichir…
C’est la peau tout rosée qu’on a repris le ferry tard le soir pour rentrer sur BA. Je ne vais pas dire qu’on serait bien resté plus longtemps, parce que c’est banal et évident, mais on repart avec un joli souvenir en tête. Un de plus, un dernier.
Donc pas de galère à recenser aujourd’hui. Il ne nous reste plus qu’à prendre l’avion.
A bientôt.
